Que s’est-il passé aux alentours de 2007-2008 ?

Mon éditorial

Je cherche un fait central dans toute cette recherche que j’ai faite jusqu’alors sur les énergies renouvelables. Qu’est-ce qu’un fait central ? Pour moi, c’est tout d’abord un fait, donc une pièce de réalité et ensuite, c’est une pièce de réalité possible à décrire en une simple phrase, qui, tout en restant simple, a un petit contenu dramatique, le genre à suspendre ma voix juste après le point final, comme : « X change plus vite que Y et ce n’est pas vraiment ce que nous aimerions entendre ». Nous, les humains, on a des relations ambivalentes avec la réalité. Nous avons cette capacité fantastique de couper notre expérience sensorielle en des tranches très fines et d’étiqueter chacune d’elles d’une façon plus ou moins intelligible. Ce truc étrange s’appelle « langage » et nous rend capables de communiquer avec quelque chose de plus que des grognements. Seulement voilà, vous connaissez sans doute ces blagues de soirée : quelqu’un en raconte une, une autre personne aime bien et répète la même blague dans une autre soirée, seulement avec une petite rallonge, comme une petite tournure d’évènements de plus. Ensuite, ça s’enchaine. Des personnes consécutives attachent leurs propres pièces d’humour au joyau originel et avec le temps ça devient long et indigeste. C’est notre langage version verbiage : les étiquettes originelles, mises sur les pièces d’expérience sensorielle développent d’autres étiquettes, qui à leur tour en engendrent des suivantes et ainsi de suite jusqu’à ce quelqu’un s’écrie : « La malice historique ce cette nation de l’autre côté de la rivière nous force à étouffer dans le berceau les actes futurs d’agression de leur part et voilà pourquoi on commence cette guerre ! » Avec un peu de chance, de telles occasions incitent à enlever quelques étiquettes qui sont visiblement idiotes. Qu’est-ce que ça veut dire exactement « malice historique d’une nation » ? Comment peut-on étouffer des actes futurs, donc qui n’existent pas encore, dans leur berceau ?

Voilà le truc avec notre relation à la réalité. Trop près et ça ne va pas au-delà des grognements et cris. Trop loin – et trop profondément à l’intérieur de notre tête – et ça devient une idiotie avec des conséquences tragiques à l’horizon. Un fait central bien gras et bien présentable c’est quelque chose qui est juste suffisamment découpé de la réalité autour pour être intelligible et en même temps suffisamment près de cette réalité autour pour pouvoir se passer de toute une théorie. Quand j’y pense (« y » dans ce cas veut dire « énergies renouvelables »), il y a deux choses qui me viennent à l’esprit. Premièrement, jusqu’en 2007-2008, la consommation totale d’énergie dans le monde avait tendance à croître plus vite que la consommation totale d’énergies renouvelables. A partir de 2008, cette tendance s’est inversée : la consommation globale d’énergies renouvelables croît plus vite que la consommation totale d’énergie. Deuxièmement, la transition énergétique à l’échelle locale se fait dans des environnements socio-économiques très diversifiés : l’Europe de l’Ouest est très différente de celle de l’Est, est les deux sont comme années-lumière des pays comme Inde ou Pakistan. En général, les pays développés semblent aller très résolument vers l’énergie verte. En ce qui concerne les pays en voie de développement et les marchés émergents, bien qu’ils fassent beaucoup d’efforts pour promouvoir les énergies renouvelables, leur seule croissance démographique et économique pompe la consommation d’énergie tellement vite que cette demande se trouve largement satisfaite par l’énergie des carburants fossiles.

Question : que s’est-il passé aux alentours de 2007-2008 qui a bien pu inverser les proportions entre le gradient de la consommation totale d’énergie et celui de la consommation d’énergies renouvelables. Suspect no. 1 : crise financière des années 2007 – 2009. Le suspect à un casier judiciaire substantiel. Piste à suivre, quoi que j’ai cette petite intuition que ça serait un peu suivre la foule, si vous voyez ce que je veux dire. Suspect no. 2 : les systèmes monétaires et les monnaies virtuelles. Le doyen du gang des virtuelles, un certain Bitcoin, avait fait sa première casse en février 2008, et depuis, ça déménage. En plus, c’est précisément en 2007 – 2008 que la masse monétaire officiellement reconnue dans l’économie mondiale avait officiellement franchi le cap de 100% du PIB mondial, et c’était bien un pas dans le cadre d’une tendance de longue durée, celle de vélocité décroissante de l’argent. En 2007 et 2008, cette vélocité était donc descendue en dessous de V = 0,5, pour la première fois depuis 1960. Suspect(s) no. 3 : les villes, ainsi que la densité de population qu’elles impliquent. En 2008, la population urbaine dans le monde a officiellement franchi les 50% de la population humaine entière. En 2005, la densité de population a franchi le cap de 50 personnes par kilomètre carré. Si vous avez suivi les résultats des tests quantitatifs que je présentais sur ce blog durant les quelques dernières semaines, vous avez pu constater que c’est justement quand la densité de population avoisine les 50 personnes par kilomètre carré que les choses changent et des régularités économiques saillent dans le marché d’énergies renouvelables.

Mes suspects peuvent bien agir en crime organisé. Le pognon, en général, ça sert le plus lorsqu’il y a du monde autour. Seulement voilà, l’argent se comporte de deux façons différentes en présence d’êtres humains : ça se reproduit et ça circule. A mesure que la densité de la population croît, la fréquence d’interactions interpersonnelles croît aussi. Plus d’interactions veut dire plus de transactions et ceci me conduit à penser, à nouveau, en termes d’équilibre quantitatif des systèmes monétaires :

            P         *             T                          =          M                *            V

(Index des prix)      (Volume des transactions)        (masse monétaire)      (vélocité de l’argent)

A mesure que j’ai plus de transactions par kilomètre carré, avec la densité croissante de population, j’ai aussi plus de transactions dans l’unité de temps. Dans un tel cas, deux choses peuvent arriver à l’index des prix : soit il sera resté constant (demande supplémentaire vite balancée par plus d’offre), soit il sera pompé vers le haut, tout comme le volume des transactions. Il est hautement improbable qu’il décroisse. Le côté gauche de mon équation agrandira donc sa valeur et comme c’est une équation, le côté droit devra faire de même. L’observation des données statistiques en ce qui concerne la masse monétaire en circulation suggère que le pognon répond à la présence de plus d’humains par kilomètre carré plutôt par la reproduction que par une circulation accélérée. Là, remarquez, je le comprends, ce pognon. Moi-même, si je faisais face au choix entre me reproduire plus ou circuler plus vite, je pense bien que je choisirais le premier.

J’ai déjà trouvé un lien tout à fait robuste entre le côté droit de l’équation monétaire et la cadence de vieillissement des technologies en place un lien tout à fait robuste entre le côté droit de l’équation monétaire et la cadence de vieillissement des technologies en place  (Wasniewski 2017[1]). Plus il y a du monde autour, plus il y a d’idées par kilomètre carré et dans l’unité de temps, ce qui, à son tour, veut dire plus de changement dans ce qui est établi et donc une dépréciation plus rapide des technologies couramment exploitées. Une dépréciation plus rapide incite les entrepreneurs à donner plus de liquidité à leur bilans – donc maintenir des soldes monétaires plus substantiels par rapport au chiffre d’affaires) – et ça incite aussi les banques à développer plus de produits financiers basés sur le crédit à haute liquidité. Croissance rapide côté densité de population, lorsque l’entrepreneuriat et la finance sont suffisamment alertes pour suivre, crée une masse monétaire qui ne sait pas trop quoi faire et en même temps un surplus d’effort d’innovation. Il est utile de se rendre compte, aussi, qu’une densité de population plus élevée se traduit par une densité plus grande de connexions dans des réseaux énergétiques, ce qui peut conduire à franchir un seuil critique d’efficacité, quoi que là, je spécule. Je pose donc l’hypothèse que la croissance de densité de la population, combinée avec une vélocité décroissante de l’argent, ont toutes les deux franchi des seuils respectifs, en 2007 et 2008, qui ont rendu possible une expansion accélérée du secteur d’énergies renouvelables.

[1] Wasniewski, K., 2017, Financial Equilibrium in the Presence of Technological Change, Journal of Economics Library, Volume 4 June 2017 Issue 2, pp.160 – 171

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