Stratégie fin 17ème , stratégie fin 18ème

Mon éditorial

Je suis en train de revoir mes notes de recherche (donc ce que j’avais écrit sur mon blog) et de les compiler en un livre. Voilà donc que je revoie deux mises à jour récentes (Quite abundant a walk of life et Countries never behave as they should ) et voilà (seconde fois) que je tombe sur quelque chose d’intéressant : la connexion entre la croissance du marché et l’opportunité pour innover. Je compare deux traités : « Le parfait négociant » de Jacques Savary, de 1675, et « La richesse des nations » d’Adam Smith, datant d’un siècle plus tard. Adam Smith, au milieu de la seconde moitié du 18ème siècle, dit fermement que les meilleures opportunités pour ce qu’il appelait « la division du travail » – et qui aujourd’hui voudrait dire l’innovation – se présentent dans les marchés qui croissent à une cadence relativement rapide. En revanche, Maître Savary, au milieu de la seconde moitié du 17ème siècle, était beaucoup plus enclin à voir des bonnes opportunités dans des marchés bien stables. Qu’est-ce qui eût changé le contexte de l’innovation si profondément in l’espace d’un siècle ?

Trois facteurs de différence viennent à mon esprit : la croissance démographique, la standardisation des systèmes monétaires, et la diversification des technologies. Les années 1670, c’était le temps quand une récession démographique profonde commençait à se faire remarquer un peu partout en Europe. Il avait fallu attendre les années 1760 pour voir un rebond dans la population. Vous pouvez trouver une description fascinante de ce processus de plusieurs décennies – quoi que c’est une histoire froide comme la finance dont elle parle – dans « La théorie de l’impôt » (1760) par Victor Riqueti, marquis de Mirabeau (oui, le même Mirabeau).

Donc, lorsque Jacques Savary écrivait, en 1675, que « cest une chose bien importante que dentreprendre des Manufactures, car il ny va pas moins que de la ruine des entrepreneurs, si elle nest pas conduite avec prudence et jugement », il faisait un croquis sur un fond de teint fait d’une population en déclin. Cette différence cardinale de contexte démographique se mariait d’une façon intéressante avec la diversité technologique. Durant la seconde moitié du 17ème siècle, l’industrie textile semble avoir été le secteur dominant, et de loin, en ce qui concerne l’innovation. Apparemment, à l’époque, inventer un tissu nouveau était l’équivalent de l’invention informatique aujourd’hui : un vrai cerveau, ça inventait un nouveau draguet pour les gens pauvres ou un nouveau ruban décoratif pour les riches. Notre guide dans les aléas de cette époque, Maître Savary, se vante lui-même d’avoir inventé, ainsi qu’avoir mis en marché, trois produits textiles différents, dont un – et voilà un petit bijou historique – était un ruban tissé en fil d’or et d’argent. En revanche, à la fin du 18ème , l’innovation prenait place un peu partout et, ce qui est un phénomène intéressant, elle prenait place dans le secteur financier, tout en contribuant à la standardisation financière. A l’époque, la finance, c’était en train d’inventer sa Ford Modèle T.

Voilà donc que j’arrive à ce troisième facteur : le pognon. Lorsque Maître Savary décrit les différentes stratégies de ce qu’il appelait « La Manufacture » – donc l’industrie – il préconise très clairement de se concentrer sur les étoffes bien établies dans le marché, qui ont « un cours ordinaire ». Cette notion de cours ordinaire reflète bien le fonctionnement des systèmes monétaires de l’époque : extrêmement diversifiés, basés très largement sur la circulation, par l’endossage, de la dette privée décentralisée. La plupart du monde d’affaires était basée sur un système des prix qui se croisait constamment avec le système des taux de change très fluide, y compris les taux de change des dettes privées provenant des sources diverses. Aussi bien dans le marché de vente que dans le marché d’achat, ce qu’on appelle aujourd’hui la politique de prix, dans le marketing mix, ressemblait plutôt au marché Forex moderne, mais avec plus de risque et avec une absence quasi-totale de ce que nous appelons, de nos jours, les valeurs-refuge (le franc suisse, tiens). La seconde moitié du 18ème siècle – les temps d’Adam Smith – c’était presque ennuyeux, par comparaison.

Voilà donc que nous arrivons à deux types de stratégies différentes en ce qui concerne l’innovation et le changement technologique. La stratégie « Fin 17ème » est celle qu’on pratique dans des marchés en déclin démographique, où la perte de vitesse en termes de population se traduit par un rétrécissement dramatique de la palette d’innovations possibles, ainsi que par un système monétaire où personne n’a vraiment d’intérêt à créer une circulation prévisible et à réduire le risque financier. D’autre part, je définis la stratégie « Fin 18ème », où une croissance démographique marquée, une innovation florissante et des systèmes monétaires qui croissent par standardisation. Bon, maintenant j’applique ça à ma petite obsession : les énergies renouvelables. Dans cet article que je viens de terminer , j’ai découvert un équilibre entre la population et la quantité d’énergies renouvelables par tête d’habitant. Il y a des pays, où l’importance des renouvelables pour l’équilibre démographique est extrêmement importante. Ce sont des cas aussi divers que l’Arabie Saoudite, Turkménistan, Botswana, Finlande ou la Lettonie. Là-bas, la population, ça semble être étroitement lié au marché d’énergies renouvelables. Par coïncidence, ce sont des pays avec des populations relativement stables et pas vraiment les plus grandes du monde. Intuitivement, j’associe leurs marchés d’énergies renouvelables avec la stratégie « Fin 17ème ». A l’extrémité opposée de l’échelle vous trouverez des pays comme la Chine ou l’Inde (mais aussi l’Ethiopie ou le Japon), où le marché des renouvelables semble avoir relativement peu de connexion avec le facteur population. Je pourrais être tenté de les associer avec la stratégie type « Fin 18ème » et en plus ça pourrait tenir pour les pays comme la Chine ou l’Inde, mais l’Ethiopie… Pas évident du tout. Là, je me sens comme dans un cul de sac. On va bien voir.

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