Une courbe élégante en « S » aplati

Mon éditorial

Hier, dans ma mise à jour en anglais (“The dashing drip of Ketonal, or my fundamental questions for the New Year”  ), je me suis permis de formuler une sorte de compte rendu de tous les projets sur lesquels j’ai l’intention de travailler en 2018. D’une part, c’est comme une liste de résolutions pour le Nouvel An mais d’autre part c’est un premier pas sur mon chemin vers un peu de mise en ordre dans ce p****n de bordel – créatif, certes, bordel quand même – qui est tout à coup apparu dans ma vie professionnelle. J’ai découvert – tout récemment, en fait – que je suis capable d’achever quelque chose comme du développement personnel lorsque je combine du chaos avec de la cohérence. En ce qui concerne le chaos, la vie donne tout ce qu’il me faut. En ce qui concerne la cohérence, l’écriture est une bonne stratégie. Ecrire, dans une forme proche de celle d’un journal personnel, m’aide à mettre de l’ordre dans des idées échevelées. En plus, j’ai découvert que l’écriture marche le mieux dans mon cas lorsque je m’adresse à un public, par exemple à vous, les lecteurs de mon blog. Cette fois aussi, ça a marché. Dans cette mise à jour d’hier, comme je divaguais (oui, je le dis franchement, je divaguais un peu) sur ces différents projets que j’ai sur la planche à présent, mes idées avaient tout à coup commencé à prendre une cohérence respectable.

Alors, mon ordre personnel dans du chaos personnel s’articule autour de deux projets principaux : d’une part, je développe un site Internet éducatif, dévoué à l’éducation en sciences sociales à travers la participation dans de la recherche réelle, et d’autre part, je développe un projet d’investissement ciblé sur les soi-disant cités intelligentes, ou « smart cities » en anglais. La première de ces deux idées, le site éducatif, est quelque chose que j’avais en tête pour pas mal de temps déjà, et que je suis en train d’amorcer à travers ce blog-même. Ce qui me manquait, c’était une sorte d’idée distinctive de base. Comme élève d’abord, étudiant ensuite, j’avais toujours une réserve profonde vis à vis des manuels classiques. Depuis que je suis devenu prof et chercheur, je pris une conscience même plus aiguë de la superficialité des manuels, en comparaison du savoir scientifique à proprement dit. Bien sûr, l’étape suivante après les manuels, c’est l’éducation interactive. C’est intéressant, mais là, je me sens un tout petit peu mal à l’aise. Etre interactif dans le cadre d’un contenu typiquement standardisé pour l’éducation, n’est pas encore tout à fait ce que je veux faire avec les étudiants. Le terrain où je me sens vraiment dans mon élément, c’est l’éducation à travers la participation dans la solution des problèmes réels à 100%. Les sciences sociales sont mon champ de recherche et l’éducation la plus réaliste qu’on peut y avoir c’est l’application de l’outillage scientifique au développement des projets d’investissement, d’action sociale, ou encore des projets politiques.

Avec tout le côté excitant et (un peu) grandiose de confronter des étudiants des sciences sociales directement avec des cas réels, je suis conscient du fait que cette idée peut aussi bien s’enliser dans un phénomène bien connu : si vous apprenez aux gens à nager en les jetant directement dans de l’eau profonde, beaucoup d’entre eux vont tout simplement se noyer. L’éducation, dans quel domaine que ce soit, consiste à créer, pour l’apprenti, un sentier fait de tâches qu’il est objectivement capable d’accomplir, donc de tâches où son système nerveux peut enregistrer un succès qu’il serait intéressant de reproduire, encore et encore. Je sais par expérience que la recherche scientifique, au moins si on l’approche de façon vraiment sérieuse, est une tâche ardue. Même des chercheurs bien rôdés ont des crises de découragement. Alors le vrai défi éducatif consiste à prendre des cas réels, et des objectifs de recherche cent pourcent ancrés dans la vie réelle, et en même temps, les diviser en des petits pas scientifiques abordables pour les novices.

Ce que je mijote est donc un chemin éducatif, dans le cadre duquel je vais guider les étudiants dans une approche scientifique des situations réelles. C’est alors que mon second projet pour cette année entre en scène : l’investissement dans les cités intelligentes. Tout d’abord : pourquoi ? Tout d’abord : parce que ça m’intéresse. Ensuite, j’ai récemment eu la preuve du bien-fondé de ces intuitions que j’avais partagées avec mes lecteurs à propos d’une monnaie virtuelle reliée au marché d’énergies renouvelables. Si vous daigniez de jeter un coup d’œil chez https://www.wepower.network , vous verrez pratiquement la même chose que mon idée de Wasun, que j’avais décrite plusieurs fois sur ce blog ( regardez, par exemple : ‘Being like silk, espousing the protrusions of Vatenfall’ ou bien ‘Les moulins de Wasun’ ). Finalement, si je veux jouer le rôle d’un mentor dans l’application des sciences sociales à des entreprises réelles, eh bien, il faut que je tienne la forme, moi-même, en ce qui concerne l’étude de tels projets.

Je commence par consulter professeur Google sur le sujet. Voilà qu’il me retourne quelques adresses utiles : http://www.smart-cities.eu , par exemple, ou bien http://ec.europa.eu/eip/smartcities/index_en.htm , ou encore http://www.smartcitiesineurope.com . Comme d’habitude, j’effectue une lecture superficielle de ces sites juste pour avoir une idée de ce qui se passe. Là, une précision est due : lorsque j’écris « une idée de ce qui se passe », je l’entends dans le sens le plus fondamental. Ce qui se passe c’est un ensemble des phénomènes qui se passent, c’est-à-dire qui démontrent du changement dans le temps. Avoir une idée de ce qui se passe au sujet des cités intelligentes veut dire identifier des variables, objectivement observables et mesurables, qui montrent du changement. La première variable que j’ai pu observer est le nombre des villes en Europe qui mettent en place, à des échelles différentes, des projets de cité intelligente. Ce nombre est en train de croître. C’est une expansion qui – en des termes théoriques – a tout l’air d’un phénomène de contagion. En sciences économiques, nous modelons des trucs comme ça avec des fonctions qui tendent vers un niveau hypothétique de saturation. D’habitude, c’est une fonction logistique ou bien la densité cumulative de probabilité de l’occurrence d’un phénomène donné dans des cellules séparées d’un marché. Dans les deux cas, on a une courbe élégante en « S » aplati qui tend asymptotiquement vers le niveau de saturation. Avec un peu d’Excel, un peu de temps à tuer et un peu d’imagination mathématique on peut donner à cette courbe des contorsions intéressantes, mais ce qui m’intéresse vraiment à ce point-ci est ce niveau hypothétique de saturation. Quelle est la taille du marché des cités intelligentes en Europe ? Ce marché est composite : il englobe des travaux de construction, de la mise en place d’infrastructure(s), des plateformes du type Fintech (finance plus utilité en ligne) et même des logiciels pour les téléphones portables. Je me demande combien des gens et combien de capital peut joindre ce mouvement.

Alors voilà mon premier challenge de recherche dans ce projet des cités intelligentes : prédire la taille du marché et en même temps imaginer un chemin éducatif pour apprendre aux étudiants en sciences sociales comment formuler une telle prédiction.

Advertisements

2 thoughts on “Une courbe élégante en « S » aplati

Leave a Reply